Archive for septembre 8th, 2009

Fleur du mal


2009
09.08
    L'origine du monde - Gustave Courbet

    L'origine du monde - Gustave Courbet

    Fermer pour une fois la porte de la salle de bain à clé. Mettre un pied sur la machine à laver et prendre un miroir, presque comme dans un groupe animé par Betty Dodson. Observer.
    Mes grandes lèvres comme deux collines déboisées. Je ne sais pas si c’était une bonne idée, cette déforestation à grand coup de cire… ça va repousser de toutes façons, rien d’irréversible. Et ce que je perds en mystère, en naturel, je le gagne en facilité d’accès.
    Savoir n’est pas voir. Je savais, je ne voyais pas. Je ne voyais pas la fleur, les pétales délicats et rosés.
    Un examen plus attentif me montre plus bas la cicatrice des deux épisiotomies, qui se confondent seulement par endroits. Mon index en suit le tracé. Cicatrices d’une guerre qui m’a laissée mutilée.
    Au creux des plis humides de rosée, les vésicules de la mal à dit. Sur mes lèvres elles disent la culpabilité. Elles disent l’envahissement, la colère.
    Sans la lydocaïne, la douleur. Probablement pas étrangère à celle que je n’ai pas sentie il y a 15 ans. Encore des violences, déjà des violences. Mon sexe qui ne m’appartient pas, un jouet. Un sex toy.

    J’ai été aimée, j’ai été violée. J’ai donné la vie, j’ai avorté. J’ai joui, j’ai rien senti. Lieu de passage, croisée des chemins où tout s’entremêle, où tout commence et tout fini aussi.

    Vulve. Un mot comme un bonbon, rond dans la bouche (avec des lèvres autour).
    J’aime moins vagin : vagin, machin. Il est renfrogné ce mot, pas comme sexe qui s’élance vers l’extérieur, une pulsion, une envie, un désir parfois fragile.
    Clitoris, celui-là, c’est la montagne à escalader : qui m’a fichu ces 3 syllabes qui plombent le rythme même si le mot a un côté altier ? A abréger. Mais clito, bof.

    Dois-je me réjouir d’entreprendre enfin ce voyage ou me désoler qu’il ait fallu si longtemps pour plonger au creux de l’intime ?

    Fenêtres de l’âme….


    2009
    09.08

      Enorme brassage hier avec ma thérapeute. Retour sur mes « mal à dit » avant d’aborder le gros morceau de la rentrée scolaire.

      Oh, avec les mots, ça va, je suis à l’aise, en relative zone de confort. Mais dès qu’il faut sentir, ressentir, être là, vivante, pleinement dans le moment : c’est le blanc, le vide, y’a rien. Comme un énorme rideau de fer qui se baisse, lisse, brillant, impénétrable. J’arrive à dire la peur. Peur de blesser ceux que j’aime, peur de me tromper. Peur de rentrer dans le cadre, plus rien qui dépasse. Cassée, enfermée, cadrée. Débat sur le mot « cadre », sur le contenant…  il paraît que quand je viens ici, il y a un cadre. Moi je ne le vis pas ainsi, ce sont plus des « guidelines ». Vraiment, le cadre pour moi, c’est tout sauf l’espace, la liberté. Le cadre me coince, me brime, me brise.

      J’arrive à dire, pas à faire même quand j’y suis invitée. Envie de me cacher. Où ? Pas sous la table, trop évident. Dans mes rêves quand je dois me cacher je suis paralysée et ne trouve que des cachettes très en vue, inutiles. Effort dérisoire. Je n’arrive pas à la regarder. Mon regard est posé sur le mur à côté, ou en bas, mais je ne peux pas la regarder. Elle m’invite à le faire. C’est trop. Pas possible pour moi de voir l’accueil, la compassion, l’écoute dans ses yeux. Pas possible. Peut-être parce que c’est susceptible de faire voler en éclat le grand rideau de fer et que j’ai peur de ce qu’il y a derrière. Peut-être que j’ai peur qu’il n’y ait rien. Rien derrière les mots, rien derrière le rideau. Rien derrière le regard. Juste une coquille vide. Sans âme.

      Me cacher. Sous la couette. Cocon cosy. Et puis on peut toujours glisser un oeil pour regarder. Des fois qu’il n’y ait en fait aucune raison d’avoir peur. La peur est valide, même si elle n’est pas « raisonnable », elle a le droit d’être. D’être entendue, reconnue, d’exister.

      J’arrive à la regarder. Mes yeux touchent les siens. Brièvement d’abord. Puis de plus en plus longtemps. Je suis à l’agonie. Je pleure. Le voile devant mes yeux se déchire. Le rideau se fissure. Pas trop longtemps, pas trop et pas trop vite, pas plus que je ne peux supporter. Je ne sais pas ce qu’il y a à réparer, à guérir. Mais est-ce utile de le savoir pour guérir ?