
L'origine du monde - Gustave Courbet
Fermer pour une fois la porte de la salle de bain à clé. Mettre un pied sur la machine à laver et prendre un miroir, presque comme dans un groupe animé par Betty Dodson. Observer.
Mes grandes lèvres comme deux collines déboisées. Je ne sais pas si c’était une bonne idée, cette déforestation à grand coup de cire… ça va repousser de toutes façons, rien d’irréversible. Et ce que je perds en mystère, en naturel, je le gagne en facilité d’accès.
Savoir n’est pas voir. Je savais, je ne voyais pas. Je ne voyais pas la fleur, les pétales délicats et rosés.
Un examen plus attentif me montre plus bas la cicatrice des deux épisiotomies, qui se confondent seulement par endroits. Mon index en suit le tracé. Cicatrices d’une guerre qui m’a laissée mutilée.
Au creux des plis humides de rosée, les vésicules de la mal à dit. Sur mes lèvres elles disent la culpabilité. Elles disent l’envahissement, la colère.
Sans la lydocaïne, la douleur. Probablement pas étrangère à celle que je n’ai pas sentie il y a 15 ans. Encore des violences, déjà des violences. Mon sexe qui ne m’appartient pas, un jouet. Un sex toy.
J’ai été aimée, j’ai été violée. J’ai donné la vie, j’ai avorté. J’ai joui, j’ai rien senti. Lieu de passage, croisée des chemins où tout s’entremêle, où tout commence et tout fini aussi.
Vulve. Un mot comme un bonbon, rond dans la bouche (avec des lèvres autour).
J’aime moins vagin : vagin, machin. Il est renfrogné ce mot, pas comme sexe qui s’élance vers l’extérieur, une pulsion, une envie, un désir parfois fragile.
Clitoris, celui-là, c’est la montagne à escalader : qui m’a fichu ces 3 syllabes qui plombent le rythme même si le mot a un côté altier ? A abréger. Mais clito, bof.
Dois-je me réjouir d’entreprendre enfin ce voyage ou me désoler qu’il ait fallu si longtemps pour plonger au creux de l’intime ?