Cours de chant hier, une troisième séance. Je lui annonce fièrement que pour la première fois, samedi dernier, j’ai chanté avec des amis. Juste parce que j’en avais envie et que personne ne m’a dit de me taire, que personne n’est mort de m’avoir entendue et que c’était chouette. J’ai aimé son enthousiasme à cette nouvelle, j’ai aimé qu’elle m’encourage, qu’elle me félicite. J’ai aimé qu’elle soit de mon côté, qu’elle s’intéresse à ça, qu’elle soit dans l’humain avant toute chose. Et puis après avoir papoté et fait nos bulles respectives, nous avons attaqué.
Des vocalises. Sulfateuse (ou le « cheval », comme vous voulez, moi j’aime bien la sulfateuse, souvenir d’enfance). Et comme je n’arrivais pas à tenir le « cheval », on a enchainé sur or a or a or…
Dans les « un peu aigu » je lui dis que je peine. Elle rigole et me dit que je suis loin d’être au plus loin de ce que je peux faire, que je suis *là* (note sur le piano) alors que je peux aller jusque *là* (note bien plus aigüe sur le piano). Et elle ajoute aussi qu’on va reprendre en montant moins vite. Et ça passe mieux. Et puis elle s’arrête et m’annonce qu’on va chanter. Que les vocalises me font rester dans l’intellectuel, dans l’exercice, dans le « je veux bien faire » et que je n’ai pas besoin de ça, que j’ai besoin d’apprendre à laisser vibrer, à vivre. Et que je vais chanter. Elle farfouille, sort la partition du menuet d’Exaudet, joue la première ligne au piano et c’est parti. Je chante, en français. Cet étang, qui s’étend… Et ça ne passe pas ou mal. Surtout sur le « tang / tend ». Elle me dit d’essayer en anglais et là, pouf, ça va tout de suite mieux (cool et pool, j’y arrive mieux). Sans doute plus facile de chanter en anglais qu’en français (question de mélodie, de champ fréquentiel de la langue (ah, relire les livres de Tomatis !)) et compte tenu de mon histoire, je ne suis pas surprise que ça le soit encore plus pour moi en particulier. J’ai aussi des problèmes avec le rythme: la théorie, ça va bien, mais marquer, tenir le rythme, même basique, je n’y arrive pas. Elle m’a proposé des petits exercices pour ça, basés sur de la kinésiologie. Histoire de faire des ponts entre les deux hémisphères cérébraux. Et ça, à moi la gauchère pas si gauchère, ou la gauchère si gauche, ça me parle. Je me suis toujours sentie coupée en deux, jamais l’un ou jamais l’autre. Et si je comprends maintenant que c’est en lien avec mon frère jumeau, il faut encore que je travaille à réparer ça.
Vers la fin de la demi-heure, elle me regarde et me dit: « tu vois, là, en fait, maintenant tu pourrais continuer et faire une séance plus longue, c’est super, ça vient ! ». Elle a alors joué le menuet depuis le début, intro et tout et je me suis lancée, juste quand et comme il fallait… pour m’arrêter au premier mot. Elle m’a grondée en rigolant: « mais, pourquoi tu t’arrêtes ?! Tu avais la note, c’était bien, tu étais dedans, ose, chante carrément, n’aie pas peur ! Joue-là cantatrice, vas-y !! ». Pour elle, mon souci principal, ce n’est pas de jouer de ma voix, mais d’oser le faire, de me défaire de ce « tais-toi, tu chantes faux ». Peut-être que je finirai par arriver à la croire.
Si vous ne connaissez pas, le menuet chanté en français (si je ne me trompe pas, pas de carte son sur ma machine, donc je ne peux pas vérifier) est écoutable là (Airs of the 18th Century, Exaudet’s Minuet).
J’ai plus ou moins passé l’hiver à… hiberner.
J’ai modifié mon alimentation depuis début décembre pour lutter contre une candidose (pas de sucres, pas de gluten, pas d’alcool, pas de champignons) et enfin aller vers ce qui me semble bon pour moi (pas de PLV, pas de viande) ce qui fait que je me sens moins encrassée qu’habituellement au sortir de l’hiver. J’avoue quelques rechutes alimentaires, très fréquentes au cours du mois de février (accident de voiture, remontée de souvenirs / émotions concernant mon frère…), qui me montrent que je n’ai décidément pas perdu l’habitude de compenser sur la nourriture, de préférence sucrée, quand je ne me sens pas bien. Le vide que je ressens fait que j’ai envie de le combler et la nourriture fait illusion, au moins temporairement. Bref, malgré ces écarts, je me sens quand même mieux dans mon corps. Cependant, je n’ai que peu ou pas d’activité physique à rapporter pendant ces mois enneigés. Et ça, ça me manque affreusement (l’activité physique, pas le fait d’en rapporter ou pas !). De temps en temps, je me suis mise devant le 30 Day Shred ou un des DVD de Turbo Jam, j’ai fait quelques pompes (contre le mur, je n’arrive plus à faire les deux vraies pompes que j’arrivais à faire avant) ou encore les Cinq Tibétains, des squats et des abdos, mais rien de très régulier. Je voulais recommencer hier à pratiquer une activité physique sur une base régulière : un lundi, un premier du mois, parfait… mais je n’étais pas seule à la maison. J’ai donc attendu aujourd’hui pour ressortir Barbie en vue de me lancer dans le challenge que proposait Lisa Shaffer début février : 10 000 swings en un mois. J’ai adapté cet objectif à ma maîtrise des kettlebells et à ma petite forme physique et décidé de m’engager à faire 5 000 swings avec Barbie (ma 8 kg) d’ici le 31 du mois (ce qui fait 161 swings par jour).
Second cours de chant vendredi matin. Je crois que je n’avais jusqu’à présent pas vraiment mesuré à quel point j’étais dans le vrai en parlant de trouver ma voix. J’ai pleinement intégré le « tais-toi, tu chantes faux » qu’on me répète depuis toute petite. Si je veux être juste (ah ah ah…), cela fait bien longtemps que cette petite phrase assassine ne m’a plus été adressée: j’ai très vite compris qu’il était malvenu que je tente de chanter. Ce qui fait que même dans cet espace de non jugement, où je viens précisément pour qu’on me guide, me montre, m’explique, m’encourage… je n’arrive pas à sortir ma voix.
Je suis timide, j’hésite, j’attends de l’approbation. Je suis passive, paralysée. J’ai tellement peur de ne pas arriver à reproduire que je n’habite pas le son, que je suis coincée, ça ne sort pas, ça bloque, ça coince. Les « aaaaaa » de l’autre cours, les « ooo » et « miooooo » de celui-ci sont hésitants, apeurés. A de courts et très rares moments, j’entrevois ce qui pourrait être si je lâchais, si je n’étais plus dans le contrôle, dans la peur. Si je vivais juste. Comme pour la danse en fait. (Et je lorgne sur ce stage d’été avec Sylvie Richard).
Un à un il va me falloir défaire ces fils qui m’entourent, me ligotent. Retrouver l’amazone en (m)oi me dit ma professeur. Etre une licorne qui envoie le son comme elle pointe sa corne. Dans ce contexte, ce stage-là aussi me parle énormément. Avec l’idée de, peut-être peut-être peut-être, intégrer l’école à la rentrée 2010…
En prélude au stage que je vais suivre à partir de ce mois-ci, j’ai fait une séance de découverte du focusing jeudi dernier. Pour une fois, j’ai évité de trop lire, je ne me suis pas précipitée sur la toile, je n’ai pas acheté de livre ou autre: je voulais arriver aussi vierge que possible de toute impression à cette séance. Envie de privilégier une approche plus corporelle, dans le faire, dans le ressenti et pas intellectuelle comme j’ai trop tendance à le faire. J’en savais un minimum tout de même sur cette nouvelle façon de comprendre notre expérience intérieure et notre nature profonde, un nouveau modèle fondamental de vieinitiée par Eugene Gendlin : ce que la personne qui organise le stage avait pu en dire à droite ou à gauche sur les listes de discussion que nous avons en commun, ce qu’une amie qui en a fait a pu m’en dire à ce moment-là. Assez pour savoir que c’était susceptible de m’intéresser, mais pas trop non plus de façon à ce que je ne m’attende à rien de précis au moment de ma séance à moi.
J’avais au préalable réfléchi à quelle question / difficulté je voulais aborder au cours de cette séance. Bon, en même temps, il n’y a pas cinquante choses qui me turlupinent en ce moment… J’ai trouvé cette séance très intéressante et je pense que c’est un outil qui peut m’apporter pas mal de choses. Si pendant Vipassana, j’ai appris à me taire, à observer et accueillir sans fuir, sans retenir (ce qui m’a d’ailleurs servi pour le focusing), là, j’ai apprécié le fait d’interagir avec mes sensations corporelles: d’essayer de voir quelle est leur couleur, si elles ont une odeur… de « dialoguer » en quelque sorte. J’ai aimé ce ballet, cette danse et si je n’ai pas plus de réponses qu’avant la séance, j’en suis sortie apaisée, avec également un éclairage différent qui, j’en suis sûre m’a rapprochée de mon Chemin et m’a donné confirmation de mon envie d’en apprendre davantage sur le focusing (version française).
Samedi, après mon travail, j’ai décidé d’enfin rentrer dans un magasin dont plusieurs personnes me parlent depuis fort longtemps: Essence Ciel. Ca s’est décidé comme ça, sur une impulsion, en discutant avec un des clients qui fait justement partie des personnes qui m’en ont maintes fois parlé. Il m’y a d’ailleurs accompagnée . Outre les pierres (j’ai ramené un coeur en quartz rose pour ma fille et pris un bracelet pour moi…), j’ai jeté un oeil aux livres d’occasion vendus là. Rien qui ne m’intéresse plus que ça, pas au point de vouloir ressortir avec. Je regarde les cartes, les pendules, je fais le tour de la boutique. En retournant du côté des livres, je vois une étagère, pourtant imposante à laquelle je n’avais pas prêté attention. Et là, me tendant les bras, Focusing – Au centre de soi du Dr Eugene T. Gendlin. J’ai souri. J’adore ce genre de petites non-coïncidences…
Je souris en constatant qu’il y a trois ans presque jour pour jour je postais ailleurs un billet expliquant pourquoi je venais d’emprunter à la bibliothèque municipale, un livre de Jacques-Louis Rondeleux intitulé Trouver sa voix : petit guide pratique de travail vocal. Ouvrage que j’ai de façon amusante trouvé à Emmaüs peu de temps après et complètement par hasard, vous savez, celui qui n’existe pas. Je suis franchement amusée en constatant qu’une recherche ici sur le mot clé « voix » renvoie à ce billet, écrit il y a un an presque jour pour jour. Que se passe-t-il donc pour moi en décembre pour que régulièrement ces questions de voie / voix reviennent faire un tour sur le devant de la scène ? J’ai l’impression d’une respiration cyclique, d’un long souffle… la certitude qu’en creusant dans mon enfance, je trouverai des dates qui ne seraient pas des coïncidences.
Je n’ai pas exercé ma voix depuis ce dernier billet. Tout au plus ai-je davantage expérimenté le simple plaisir de chanter, essentiellement en voiture et toujours par dessus la musique jouée par le lecteur. Mais c’est déjà un pas immense si l’on considère que le chant ne fait pas partie de mes habitudes, de ma « culture ». En parlant samedi dernier de tout à fait autre chose avec une amie (numérologie, identité et prénoms si vous voulez tout savoir), elle a mentionné l’ouvrage de Philippe-Nicolas Mélot, Mettez du « ki » dans votre voix. Ouvrage qui m’avait déjà été conseillé ailleurs il y a bientôt trois ans. Ouvrage qu’elle m’a aussi sec ou presque prêté et que j’ai dévoré hier. Et aimé.
Depuis septembre je repousse le moment de prendre contact avec la professeur de chant dont cette amie m’a donné les coordonnées : pas le moment, trop compliqué logistiquement, pas évident financièrement. Après cette lecture, je sais qu’en janvier je décrocherai mon téléphone pour la rencontrer et que j’arriverai à me débrouiller d’une façon ou d’une autre pour prendre un cours hebdomadaire avec elle, sous réserve que le courant passe bien entre nous. Et je sens mon corps tout entier sourire, s’ouvrir à cette perspective. Cette fois, c’est le bon moment.
Vendredi soir, l’air de rien comme ça, on m’a fait cadeau d’une clé.
Je n’ai jamais dansé. L’honnêteté m’oblige sans doute à avouer que je me souviens avoir dansé à trois reprises dans toute ma vie : une fois, enfant, en Martinique, une biguine version balai bien raide. La fois suivante, au lycée, un rock avec une copine qui a fini par me demander agacée d’arrêter de sauter. La dernière fois, j’étais en fac et des copains avaient trainé la « designated driver » que j’étais (je ne bois pas, je suis pratique comme copine à avoir our les soirées) en boîte où j’avais fini par céder et danser un coup histoire qu’on me foute la paix.
J’aurais bien voulu danser, participer avec les autres, entrer dans la ronde… mais comment dire… je sais pas : je l’ai jamais senti.
Mon fils aîné tire sans doute un peu beaucoup de sa mère à ce niveau : moi comme lui, lui comme moi, on est dans nos têtes, pas dans nos corps. Nos corps, on ne les habite pas, ils nous enveloppent, nous encombrent un peu. Donc voilà, j’aurais bien voulu danser, apprendre… mais il y avait toujours ce sentiment de décalage, d’être « à côté » qui me semblait et était incompatible avec la danse.
Et puis vendredi soir, un repas, un concert et une soirée zouk. Mission assignée à F. : m’apprendre à danser le zouk. Déjà, il y a un progrès, je suis partante pour essayer, tenter. Je danse avec F., moins empotée qu’à mon habitude. C’est que mon corps et moi on s’est un peu réconcilés depuis. C’est chouette d’en avoir confirmation comme ça, en passant. Et puis, je danse avec J.-P. Que je préviens d’emblée : attention, je ne danse pas, je sais pas, c’est la première fois aujourd’hui. Regard surpris, interloqué. Il creuse la question. Ne me crois pas. M’imagine échappée d’un monastère tellement c’est inconcevable pour lui. Et il a ces mots qui m’ouvrent grand une porte : « mais, la danse, c’est…. la vie ». En effet.
Et je comprends tout à coup pourquoi il m’était impossible de danser jusqu’à maintenant. Pourquoi la danse orientale m’a attirée il y a quelques mois et pourquoi je n’ai pas pu poursuivre ce chemin-là à ce moment-là.
Je me demande si un jour j’arriverai à entendre le rythme, à le sentir, à l’expérimenter dans mon corps. A vivre, ici, maintenant, à « suivre la musique » au lieu d’être à côté.
Soulagement et colère en même temps.
Cet article de Rue89 me permet de trouver des pistes de réponses à mes questionnements : mes analyses sont les seules positives, la contamination est récente (analyses antérieures négatives), j’ai subi une échographie endovaginale de contrôle en 2008.
Bon, savoir où et quand j’ai contracté ce virus ne calme en rien ma crise actuelle, c’est sûr. Non, pour ça, j’ai les huiles végétales et essentielles. Mais quand même, cette piste explicative change beaucoup la donne symbolique de la situation et ça, c’est important pour moi. Soulagement.
Evidemment, d’un autre côté, cette idée refait gonfler ma colère à l’encontre du « système médical français » (et entendons-nous bien, c’est comme le « système éducation nationale » : on trouve à l’intérieur de fort belles personnes, elles sont juste trop rares là où elles devraient être majoritaires, sinon la norme…) : celui qui nie l’humain à la fois physiquement et psychologiquement, par manque de personnel (ça je peux l’entendre même si je ne comprends pas), de moyens, de formation ou à cause d’intérêts financiers qui l’emportent (et ça je ne peux ni ne veux l’entendre et encore moins le comprendre !).
Je reste persuadée que quand mon environnement sera redevenu sain à tous points de vue, je pourrai oublier la bébète. Parce que le terrain est tout et que franchement, entre mon alimentation anarchique, le manque de sommeil, l’absence d’exercice depuis la fin de l’été, les émotions qui jouent au yoyo voire se baladent carrément sur des montagnes russes… tout ça me semble constituer un terrain de jeux plus que propice pour ce virus casse-pieds. Et que c’est pas pour rien non plus que depuis 10 jours je refais de l’asthme au point que depuis hier j’étouffe vraiment.
Assainir, faire le ménage, faire le vide, se débarrasser de tout ce qui n’est pas MOI. Enlever les chaînes, le scotch sur la bouche, laisser s’exprimer les parts de MOI jusque là muselées, ignorées… Respirer, vibrer à nouveau. Semer de nouvelles graines qui ne germeront qu’à la belle saison. Peu importe : j’ai tout mon temps.
Depuis la fin du mois d’août, je trouve régulièrement sur ma tempe droite un ou deux, ou trois cheveux blancs. Que j’arrache à chaque fois.
Refus de vieillir, peur de la vieillesse… peut-être. Sans doute aussi que je n’ai pas d’image dans ma lignée maternelle de femme âgée dont la chevelure ait changé de couleur avec les années. Je crois que je cherche plus à me conformer à l’image que j’ai des femmes de ma famille en fait.
Et puis ce matin, après ma douche rituelle pour Tara, je l’ai vu. Tout seul. Se détachant de ses copains autour bien rangés. Bien en évidence. En train de me narguer, le bougre ! Le temps s’est arrêté, comme un grand vide, l’espace d’une fraction de seconde. Des larmes sont venues. Je ne l’ai pas touché cette fois, non. Je l’ai laissé en place. Parce que je l’ai vu argenté, parce que j’y ai vu l’argent de la sagesse.
… je devenais mère pour la première fois. J’ai eu bien du mal depuis à ne pas être QUE mère.
Souvenir doux-amer de ce premier jour, de ce tournant dans ma vie.
The deed is done
Perturbantes, les oeuvres présentes sur cesarean-art.com (d’où provient The deed is done) ont réveillé il y a quelques semaines ma vieille blessure que je pensais pourtant guérie.
De ma première rencontre avec mon premier enfant, je garde le souvenir de son regard si intense, ses yeux rivés aux miens et notre communication silencieuse et profonde tout au long de la semaine passée à la clinique. Dix ans aujourd’hui.
… elles sont arrivées aujourd’hui. Soigneusement emballées, bien protégées dans du plastique pour ne pas être mouillées.
Au départ, il y a un an et demi, j’avais complètement autre chose en tête. Je voulais changer de tête, me couper symboliquement les cheveux après Son départ, passer de mes cheveux longs à une coupe ultra courte, garçonne. J’avais même mis en place un échange avec une copine pour ne pas avoir à payer le coiffeur. Et puis ça ne s’est pas fait. Faute de temps, faute de… sans doute parce qu’il ne fallait pas. Juste avant l’été, j’ai flashé sur les dreads. Je me suis dit que c’était ça que je voulais, bien plus que des cheveux courts. Et comme dans un coin de ma tête je gardais toujours cette envie d’avoir un jour des cheveux verts, je suis tombée sans hasard sur les dreads wool, des dreads en laine. Les deux se sont associés : dreads, oui, mais en laine verte. Trop cher pour ma bourse avec le déménagement en cours. Alors j’ai fait confiance à l’Univers. Et puis cet été, un an après, on m’a proposé de remplacer un collègue au boulot, et voilà, ça m’a permis de financer ma nouvelle tête. Le temps de passer commande, de réaliser la commande, de la poster, elles sont arrivées ce matin mes 50 dreads.
Mes Dreads, fabriquées par Hotaru
- 10 brick red
- 10 lime
- 10 lawn green
- 10 pine green
- 2 red brown
- 2 rayées pine green – black
- 2 rayées red brick – black
- 2 rayées lawn green – black
- 2 rayées lime – black
Mes enfants ont rigolé quand je les ai approchées de mes cheveux pour rire et puis ils ont voulu essayer eux aussi. Et ils ont hurlé de rire en m’imaginant en train d’essayer de rentrer mes dreads dans un bonnet de bain lors d’une séance scolaire à la piscine. Par contre, ce soir ils ont dit qu’ils ne voulaient pas que j’aille les chercher à l’école comme ça et encore moins que j’aille aux réunions de rentrée. M’en moque, vendredi soir, elles seront posées. Et je crois que je vais m’en faire moi-même la prochaine fois.
Il y a à prendre et à laisser mais j’ai tout de même trouvé cette vidéo intéressante… (je ne sais plus chez qui j’en ai trouvé le lien…).
N.B. : Elle est en anglais et non sous-titrée.
Fermer pour une fois la porte de la salle de bain à clé. Mettre un pied sur la machine à laver et prendre un miroir, presque comme dans un groupe animé par Betty Dodson. Observer.
Mes grandes lèvres comme deux collines déboisées. Je ne sais pas si c’était une bonne idée, cette déforestation à grand coup de cire… ça va repousser de toutes façons, rien d’irréversible. Et ce que je perds en mystère, en naturel, je le gagne en facilité d’accès.
Savoir n’est pas voir. Je savais, je ne voyais pas. Je ne voyais pas la fleur, les pétales délicats et rosés.
Un examen plus attentif me montre plus bas la cicatrice des deux épisiotomies, qui se confondent seulement par endroits. Mon index en suit le tracé. Cicatrices d’une guerre qui m’a laissée mutilée.
Au creux des plis humides de rosée, les vésicules de la mal à dit. Sur mes lèvres elles disent la culpabilité. Elles disent l’envahissement, la colère.
Sans la lydocaïne, la douleur. Probablement pas étrangère à celle que je n’ai pas sentie il y a 15 ans. Encore des violences, déjà des violences. Mon sexe qui ne m’appartient pas, un jouet. Un sex toy.
J’ai été aimée, j’ai été violée. J’ai donné la vie, j’ai avorté. J’ai joui, j’ai rien senti. Lieu de passage, croisée des chemins où tout s’entremêle, où tout commence et tout fini aussi.
Vulve. Un mot comme un bonbon, rond dans la bouche (avec des lèvres autour).
J’aime moins vagin : vagin, machin. Il est renfrogné ce mot, pas comme sexe qui s’élance vers l’extérieur, une pulsion, une envie, un désir parfois fragile.
Clitoris, celui-là, c’est la montagne à escalader : qui m’a fichu ces 3 syllabes qui plombent le rythme même si le mot a un côté altier ? A abréger. Mais clito, bof.
Dois-je me réjouir d’entreprendre enfin ce voyage ou me désoler qu’il ait fallu si longtemps pour plonger au creux de l’intime ?
Coupable. Culpabilité.
Je sais bien que les choses sont plus complexes, que l’héritage reçu par notre société actuelle n’est pas QUE judéo-chrétien et je sais bien aussi que je ne suis pas que le fruit de cette société.
N’empêche, j’en ai marre de cette culpabilité au moindre truc qui ne va pas, qui va de travers, qui… marre de voir à quel point j’endosse aussi facilement la cape de la coupable, de la responsable. J’avais déjà travaillé sur cette culpabilité en lien avec le projet qui fut le mien pendant quelques années de me convertir au judaïsme. La juive, la coupable, celle qui est reponsable de tous les maux, indépendamment de la réalité. Toutes ces étiquettes aussi, portées pendant si longtemps et sans lien avec qui j’étais, qui je suis. My own private équivalent aux stéréotypes concernant les juifs qui se baladent depuis des siècles.
Je me suis longtemps demandé quel bourreau j’avais bien pu être dans une existence précédente pour que je sois coupable à ce point dans celle-ci. J’expie quoi dans cette vie ?
Ces derniers jours encore, particulièrement lundi, je n’ai pu m’empêcher de penser « punie par où elle a péché ». Je ne crois même pas au péché. Je ne crois pas non plus sérieusement être punie. Mais je sens bien que dans tout ce qui s’exprime en ce moment, il y a une large part de culpabilité parfois à peine réprimée.
Est-ce qu’on peut seulement « guérir » de se sentir coupable d’être soi ? Je vais mettre à profit les prochains jours pour terminer les livres de Pema Chödrön reçus lundi, pour méditer comme à la pleine lune dernière (tiens, l’approche de la pleine lune y serait-elle pour quelque chose ?). Il y a un truc que je ne peux pas lâcher, auquel je m’accroche, je le sens presque physiquement. J’ai envie de trouver ce que c’est, de faire la paix et de le laisser partir. Letting go. Letting go of guilt.
Mon corps me parle. Il hurlerait même plutôt. C’est plutôt bien qu’il s’exprime. Je ne suis pas surprise par la façon dont il a choisi de s’exprimer, par le lieu qui cristallise à la fois les difficultés actuelles et les blessures passées.
J’y trouve, moi, un sens, mais je reste quand même curieuse de voir ce qu’en dit Michel Odoul dans son livre Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi (un(e) lect(eur)rice aurait cet ouvrage sous le coude ?*). Symboliquement, énergétiquement tout ceci fait sens donc. Il n’en reste pas moins que ça fait aussi maaaal et que j’aimerais bien un peu du répit que ni les médicaments / plantes / prise de conscience n’arrivent encore à me donner.
* Un petit tour sur le net m’a permis de lire que Michel Odoul indique que ce type de maux « parlent de notre difficulté à évacuer (voire éliminer) d’anciennes habitudes, ou des croyances qui ne sont pas satisfaisantes » (bon, ça c’est la version ultra succinte). Et ça colle plutôt pas mal. Du coup je suis encore plus curieuse de lire le passage du livre qui me concerne… demain en douce à la FNAC ?